Camille MICHEL
Photographe

Camille a reçu la bourse "Création émergente", dans le cadre du festival LES FEMMES S'EXPOSENT, initiée en partenariat avec le Fonds Régnier pour la Création.

Quel est votre parcours artistique ?
J’ai grandi dans un petit village de campagne dans le nord de la France. J’ai étudié les arts à l’université Paris 8, puis la photographie à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles. Soucieuse des enjeux environnementaux, je suis une photographe engagée sur les questions écologiques et les régions polaires. À travers de nombreux reportages en Arctique, je mets en lumière la vie des petites communautés confrontées aux défis du monde moderne — tels que le changement climatique, la pollution ou l’exploitation des ressources — tout en révélant leur remarquable capacité d’adaptation.
Ces dernières années, mon travail s’est concentré sur les Inughuit, un peuple autochtone du nord du Groenland ne comptant qu’environ 700 habitants. Vivant principalement de la pêche et de la chasse traditionnelles, ils témoignent d’un profond respect pour la nature. Leur mode de vie rappelle l’importance cruciale de pré- server l’équilibre entre l’homme et son environnement, afin d’assurer un avenir durable pour tous. Premières victimes du changement climatique, ils incarnent les bouleversements de notre planète et se dressent en véritables sentinelles des glaces.
J’expose régulièrement en France et à l’étranger (Palais de la Découverte, Rencontres d’Arles, Pudong Museum Shanghai) et mon travail est publié dans de nombreux médias tels que Le Monde, Libération ou The New York Times. J’ai remporté plusieurs prix, notamment le prix Libération, celui de la fondation François Schneider, et, en 2024, la bourse du festival Les Femmes s’exposent, dotée conjointement par le Fonds Régnier pour la Création et le Fonds Porosus. Inspirée par les travaux de Jean Malaurie, je travaille actuellement à la réalisation d’un livre photographique consacré à la valorisation et à la protection des peuples autochtones du Grand Nord.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre profession ?
C’est une profession qui, à mes yeux, n’est pas toujours suffisamment reconnue ou mise en valeur, alors même qu’elle joue un rôle essentiel dans notre société. La photographie documentaire permet de témoigner d’histoires souvent méconnues, de rendre compte de réalités complexes et de donner à voir ce qui se passe au-delà de notre quotidien. À travers les images, il s’agit de raconter, d’informer et de transmettre — que ce soit dans les pages d’un journal, dans une exposition, au contact direct du public, ou encore à travers des projets pédagogiques dans les écoles. C’est un travail indispensable pour transmettre des témoignages authentiques, loin des images biaisées ou des récits simplifiés et souvent orientés.
Dans un monde confronté à des défis majeurs comme le changement climatique, ce travail de terrain est plus nécessaire que jamais. Il permet de rendre visibles les conséquences concrètes de phénomènes globaux sur des vies humaines et de sensibiliser à des enjeux qui nous concernent tous.
C’est un métier exigeant, souvent précaire sur le plan financier, mais profondément porté par la passion et l’engagement. Beaucoup de photographes, s’investissent dans des combats qui dépassent largement leur pra- tique artistique. Avec l’émergence de l’intelligence artificielle et la multiplication d’images fabriquées de toutes pièces, il me semble crucial de préserver cette dimension humaine, et cette exigence de vérité, incarnées par celles et ceux qui se rendent sur le terrain, qui observent, qui écoutent et qui témoignent du réel.
Pour ma part, à chaque reportage, je passe de longs mois en immersion, vivant comme les communautés que je photographie. Cette approche, presque anthropologique, me permet de comprendre les enjeux en profondeur et de restituer non seulement des faits, mais aussi des émotions, des vécus et des regards. C’est cette humanité-là, cette authenticité du témoignage, qui fait la force et la nécessité de ce métier. Il ne doit pas disparaître.

Comment vous voyez-vous dans 5 ans ? Dans 10 ans ?
J'espère continuer à voyager auprès des communautés autochtones, à raconter leurs histoires et à témoigner de leur vie. Je me vois vivre moi aussi au plus près de la nature et j’aimerais commencer l’écriture d’un livre rassemblant mes récits de terrain. Mais plus que tout, je souhaite continuer à m’émerveiller devant la beauté du monde, comme un véritable acte de résistance.

Interview réalisée en 2025
Photographies réalisées en 2025 par Isabelle Chapuis