Charly BRETON
METTEUR EN SCENE







Charly a reçu une aide à la production pour son spectacle «Les Restes"

 

Quel est votre parcours artistique ?
Cela débute en 2006 en classe prépa littéraire où foudroyé par la découverte de  Céline et Roland Barthes je m’autorise les balbutiements de l’écriture. Toute la période universitaire qui s’en suit sera partagée entre l’étude de la sémiologie, de la littérature, de l’histoire du théâtre, de la philosophie et de la psychanalyse. En 2013 j’intègre l’École Nationale Supérieure d’Art Dramatique de Montpellier sous les directions successives de Richard Mitou, Ariel Garcia-Valdès et Gildas Milin. Pendant cette période insulaire et collective j’ai eu la chance de travailler avec de nombreux artistes tels que Gildas Millin, Alain Françon, Jean-Pierre Baro, Robert Cantarella, Cyril Teste, Bérangère Vantusso, Pascal Kirsch, Damien Manivel; et l’immense joie surtout de rencontrer les comédien-nes avec lesquels je travaille aujourd’hui. En 2016 je fonde avec Bastien Noël, Jordan Willocq et Valentin Husson une  revue littéraire en ligne, le Verbier et en 2017 avec Katia Ferreira et Charles-Henri Wolff une organisation théâtrale, le 5ème Quart, au sein de laquelle j’ai porté mon premier projet d’écriture et mise en scène, .les restes, qui a été joué la même année au festival du printemps des comédiens à Montpellier.


Quel regard portez-vous aujourd'hui sur votre profession ?
Il ne peut être que kaléidoscopique tant la diversité des pratiques et des propositions est grande. Le décloisonnement disciplinaire donne naissance à des hybridations surprenantes; la sophistication des procédés techniques permet de nouvelles économies de diffusion et de partage, l’accès aux savoirs et aux technologies ouvre à de nouveaux réseaux de significations : le théâtre aujourd’hui ne cesse de gagner en masques, mais ce qui m’étonne c’est qu’une majorité de discours prétend qu’enfin il s’en débarrasserait. C’est sur ce point que mon regard bute, avec méfiance et hostilité. Parce qu’il en va de même pour le langage, dont on voudrait qu’enfin il dise le réel ou devienne la chose. C’est un fantasme publicitaire qui structure l’Idéal culturel du culturel et l’économie de ses productions : on demande aux projets artistiques d’adopter un mode d’existence semblable à celui des entreprises, avec un cahier des charges qui répond à la demande supposée d’une cible imaginaire par des objectifs détaillés et des missions concrètes. L’exact contraire de tout ce qui fait « ma profession » dont je dis qu’elle doit trouver les moyens de toujours se distinguer, d’autant plus aujourd’hui.      


Comment vous voyez-vous dans 5 ans ? Dans 10 ans 
?
Il est très difficile de répondre. La problématique de la vue et du voyant est pour un praticien de théâtre au cœur voire le cœur même de son art. C’est qu’il s’expose à chaque fois au danger de la cécité (la sienne ou celle des autres, sur lui ou son travail). Car même si, au départ, je m’hallucine avec des visions et des pré-visions, comme autant d’excitants qui amplifient la promesse d’une visée, elles ne sont en réalité que les moyens pour redevenir aveugle au moment de la création. Elles tombent si je puis dire, dans le noir,  de l’oeil jusqu’au diaphragme, à partir duquel peut s’organiser un souffle, une parole, un geste, un mouvement. Quelque chose qui prend forme en vue d’une adresse. Et puis cela s’expose à l’attente inconnue des spectateurs qui, eux, jugeront si ça les touche ou les regarde, comme on dit. Tout ça pour dire que l’avenir est ce qui vient sans prévenir, qui éclate de différence dans le temps travaillé par la répétition. Il est justement ce à quoi s’adresse chaque projet comme une invitation d’avenir. Mais pour répondre plus directement, il y a dans toutes les façons que j’ai de me projeter, un souhait récurrent : celui de pouvoir jouir de conditions qui permettent toujours le raffinement de mes obsessions. Dans 5 ou 10 ans, je taperai sans doute sur le même clou, mais en ayant, je l’espère, l’impression de faire autre chose. 


Photographie : Antonin Amy-Menichetti