Cyrill JUVÉNIL ASSOMO
Écrivain

Cyrill a obtenu une bourse à la création en partenariat avec l’atelier des artistes en exil.

Quel est votre parcours artistique ?
Mon expérience artistique est relativement modeste. Je rencontre le théâtre par un heureux concours de circonstances en 2008, grâce à une inscription au département d’arts et archéologie de la faculté de Yaoundé 1. Et depuis cette date jusqu’en 2021, j’ai toujours cumulé études et pratique théâtrale ; je dirai même artistique, tant il m’arrive de frôler des domaines tels que la régie son, la mise en scène, le montage vidéo, la musique et la pagination assistées par ordinateur et même le Motion Design. Mais c’est en tant que comédien que j’ai débuté ma vie artistique : une dizaine de spectacles environ, à l’université, puis et surtout avec la compagnie Emintha. Puis en 2015, je me lance véritablement dans l’écriture. Chemin faisant, j’ai eu la chance de rejoindre des ateliers de formation dispensés par des auteurs tels que Sylvie Dyclo Pomos, Édouard Elvis Bvouma, Kouam Tawa ou encore Éric Delphin Kwegoué. Et je n’ai eu de cesse d’écrire : une adaptation de Père Inconnu de Pabe Mongo (avec Landry Nguetsa), une adaptation théâtrale du roman  Laafal ils ont dit... de Charles Salé, des participations à des travaux scénaristes pour Calvin Yadia. J’ai également produit de nombreux textes (parfois non-théâtraux) à titre personnel. J’espère pouvoir les partager au plus grand monde un jour. Je peux citer notamment, Les Enfants du Péché (Edilivre 2018), Monsieur Paris m’avait dit... (prix francophonie Cameroun, 2018), Le précieux présent de la petite reine (Goethe découverte 2018 et finaliste RFI théâtre en 2019), Passé Présent Futur KAMERUN (2019, mis en scène par Jens Neumann), Les grandes personnes mentent comme je respire! (2020) et Partir ou Pâtir (écrit lors d’une résidence à Limoges et à La Rochelle, 2021), Luciole et Love You de Dingue (poèmes écrits en résidence virtuelle, 2021), et enfin Lève-toi et marche. En somme ma vie depuis la dernière décennie est un patchwork artistique, un effort constant pour décrire et m’écrire sous toutes les formes. 

Quel regard portez-vous sur votre profession aujourd’hui ?
Quel regard je porte sur ma profession ? C’est une question assez difficile pour moi, je dois l’avouer. Est-ce le regard que je porte sur ma pratique du théâtre ? Est-ce le regard que je porte sur l’univers théâtral camerounais ou français ;  la France, pays dans lequel je viens de m’installer ? Complexe. Je vais répondre d’une manière globale, suivant mon ressenti et ma petite expérience. Je pense que la profession d’artiste, quel que soit le domaine est très complexe. Ici règne une bonne dose d’imprévisibilité. Je ne voudrais pas utiliser le mot chance car il annihilerait la part importante que jouent néanmoins le talent et l’abnégation dans l’émergence d’une carrière artistique. Mais cela dit, la profession d’artiste cohabite à côté de la chance. Au-delà du talent, il faut très souvent être au bon endroit, au bon moment afin de rencontrer ceux que j’appellerai « Les ouvreurs ». Bien plus, vous aurez beau produire mais l’art étant, au-delà de toutes les théories, question de sensibilité, il faut que vos œuvres puissent rencontrer des personnes qui leur sont sensibles. En un mot, j’ai toujours eu l’impression que ma profession, celle d’auteur par exemple, prise dans sa mouvance actuelle, est une sorte de d’emploi-doublon. Écrire et surtout se battre au quotidien pour trouver un interstice au milieu d’un conglomérat de talents.

Quel regard portez-vous sur votre profession aujourd’hui ?
Comment est-ce que je me projette dans 5 ou 10 ans ? Laconiquement, je dirai, gagner des prix littéraires prestigieux, éditer la plupart des textes qui me sont chers et surtout pouvoir être lu, ou mieux, jouer au IN d’Avignon. Cela a toujours été un rêve de jeune auteur. Mais en toute sincérité, plus je prends de l’âge, plus je réalise que tout cela n’est que fioritures. Il y a des textes édités que personne ne connaît, ne lit (on sait combien le théâtre subit la misère éditoriale). Être joué à Avignon, oui des honneurs et ensuite.
Dans 5 ou 10 ans, je ne sais pas si je serai toujours dans l’écriture. Je veux juste vider tout le suc d’idées, d’imagination et d’effort qu’il y a en moi et pouvoir respirer un grand coup pour lâcher paisiblement «devoir accompli» puis on verra... Mais ce dont je suis sûr, c’est que dans quelques années je deviendrai un auteur ambulant. Sillonner les villes, rencontrer un tas de « monsieur tout le monde » et leur vocaliser gratuitement mes textes en entier ou en extraits. Et je laisserai le temps émettre le désir ou non, d’écrire mon histoire. 

Interview réalisée en 2022
Photographie : Julie Glassberg