DAS PLATEAU
Compagnie de théâtre


Le collectif Das Plateau a reçu une aide à la production pour son spectacle «Il faut beaucoup aimer les hommes"


Quel est votre parcours  artistique ?
Das Plateau c’est quatre personnes : Jacques Albert - auteur/danseur, Céleste Germe - architecte/metteuse en scène, Maëlys Ricordeau - comédienne et Jacob Stambach - auteur/compositeur. Nous avons tous les quatre des formations différentes liées à nos métiers, et c’est cette complémentarité de pensées qui nous réuni. Depuis la création du collectif en 2008, nous avons réalisé six spectacles et de nombreuses performances. Nos derniers projets (SIG Sauer Pro, Le Bon Chemin, Dia de macho, vispera de nada, Notre Printemps et Cours les Prairies) prenaient pour point de départ les textes de Jacques Albert, publiés aux Editions Théâtrales. Aujourd’hui, nous partons également à la rencontre de nouvelles écritures avec les textes de Pablo Gisbert ou de Marie Darrieussecq.
Depuis 2012, nous développons un enseignement de la mise en scène et de la création dans différentes écoles supérieures d'art dramatique telles que La Manufacture à Lausanne (HETSR), l’ENSATT à Lyon, l’ESAD à Paris. Celui-ci nous importe énormément. Nous sommes également membre du collectif de compagnies « 360 » et codirigeons le festival du même nom.
Si Das Plateau développe une écriture scénique totale dans laquelle son, musique, espace, image, corps, présences et texte se rencontrent, la pluridisciplinarité que nous mettons en œuvre répond plus à une logique de choc qu'à une logique de fusion. Chaque discipline, nous tentons de l’envisager en elle-même, dans son intégrité et son pouvoir sensuel spécifique, de manière à ce qu’elle rencontre les autres sans hiérarchie prédéterminée. Les textes sur lesquels nous travaillons – qu’ils soient écrits, ou pas, pour le théâtre – correspondent à cette volonté de créer des œuvres qui tout en développant des univers fictionnels puissants et troubles, explorent les rapports qu'entretiennent présence et représentation, narration et abstraction, à la fois en termes de sens, de structure et de perception. C'est également dans cette pensée que nous développons depuis plusieurs années un travail cinématographique qui rencontre la scène de manière frontale.
Si, comme le dit Pierre Michon, "l'art ajoute à l'opacité du monde", nous cherchons à mettre à jour, au delà du discours, le dessous des choses, ce qui ne peut se dire, ce qui ne peut s'articuler, ce qui dans la complexité du monde ne peut ni se dissoudre, ni se résoudre. Ainsi, la beauté que nous tentons de mettre en œuvre sur le plateau porte à la fois la marque de la violence du monde et la possibilité d'un espoir.


Quel regard portez-vous aujourd'hui sur votre profession ?
Un regard tout à fait paradoxal. A la fois sombre : la crise est partout, les budgets sont asséchés et les compagnies sont touchées de plein fouet. La tension entre conventions patrimonialo-réactionnaires et doxa de la mode laisse un chemin étroit à la création artistique. Là où l’on attend des actes irréprochables, le monde de la culture est, dans les faits, aussi machiste et raciste que tout autre. A la fois émerveillé : le nombre de spectacles et leur diversité est sidérant et magnifique, preuve d’une intense liberté. De nouveaux modèles s’inventent partout, à la fois en terme de production, de relation au monde et à la société. La culture veille, cherche, déplace, interroge. Et au delà de tout, exercer une profession dans laquelle la recherche de l’intelligence et l’attention au sensible est un espace partagé, est une chance et un luxe qui, chaque jour, nous emplit de joie.

 

 
Comment vous voyez-vous dans 5 ans ? Dans 10 ans ?
Nous espérons continuer à développer notre travail, à la fois sur scène et aussi cinéma, à la radio… Et pouvoir l’adresser au plus de gens possible. C’est cela qui importe, in fine. Cette relation là.

 

 Photographie : Emilie Arfeuil