Hura MIRSHEKARI
Chanteuse, plasticienne

Hura a obtenu une bourse à la création en partenariat avec l’atelier des artistes en exil.

Quel est votre parcours artistique ?
Je suis artiste plasticienne, mon travail porte principalement sur l’art moderne, les collages et les performances. Après avoir étudié à l’Université de Sistan et Baluchestan en Iran, j’ai exposé mes œuvres pour la première fois, au John Natsoulas Center for the Arts, en 2010. Dans mon art, je tiens à dénoncer les violences et les discriminations que subissent les femmes, tout particulièrement dans mon pays, l’Iran. Je poursuis mon parcours à Téhéran où j’expose au musée des arts de Téhéran, en 2015. Ne pouvant m’exprimer librement, en Iran, sur les causes que je défends, j’arrive en France en 2016, à la Cité internationale des arts de Paris. Je suis membre de l’atelier des artistes en exil depuis 2017. Depuis que je suis en France, j’ai eu l’occasion de participer à plusieurs expositions notamment au Musée national de l’histoire de l’immigration à Paris, à la Cité internationale des arts, à l’Écomusée ou encore lors de la journée internationale des droits des femmes. Le chant et la musique constituent un rêve pour moi depuis que je suis enfant, mais c’est aussi un art très contrôlé pour les femmes, dans mon pays, les premiers opposants au chant étant souvent les proches de la famille.  Avec ce projet soutenu par l'atelier des artistes en exil, je serai considérée comme la première chanteuse de la région du Sistan. C’est une manière pour moi de briser un tabou de la culture Sistanique. Je suis convaincue que cette œuvre sera considérée comme le premier héritage de l'histoire de la musique du Sistan.

Quel regard portez-vous sur votre profession aujourd’hui ?
Ma profession d’artiste représente toute ma vie. Je me construis autour de mon art. Étant très exigeante envers moi-même, j’ai toujours besoin de nouvelles créations, de nouveaux projets. J’ai connu la vie dans un pays où je ne pouvais pas aller au bout de ma pensée parce qu’on me l’interdisait, je ne pouvais pas m’exprimer librement. Maintenant que je peux défendre les causes pour lesquelles je me suis toujours battue sans que ma vie soit en danger, beaucoup de portes s’ouvrent à moi et j’ai envie de tout explorer.

Quel regard portez-vous sur votre profession aujourd’hui ?
J’ai beaucoup de difficultés à me projeter, je vis mon art dans l’instant présent, beaucoup de nouvelles choses arrivent sans qu’elles soient prévues. Je ne peux pas espérer quelque chose de précis, pour ces prochaines années, mais j’aimerais que mon travail soit reconnu, qu’il ait plus de visibilité et que les messages politiques, notamment autour du droit des femmes, que je retranscris dans mes œuvres, puissent avoir la renommée qu’ils méritent.

Interview réalisée en 2022
Photographie : Julie Glassberg