Mohamed NOUR WANA
Ecrivain

Porosus finance une résidence à l'atelier des artistes en exil pour Mohamed 

Quel est votre parcours artistique ?
Je n’ai pas de diplôme artistique, pas de parcours artistique a proprement parlé. Je suis devenu poète, écrivain pendant mon exil. J’ai commencé à écrire en Libye, sans intentions particulières. J’ai toujours écrit en français : des petits textes que je postais sur Facebook, sur ce que j’avais vu dans le désert, de ce qui se passait en Libye. À l’époque où j’ai commencé à écrire sur la Libye, le gouvernement était encore stable (c’était avant la chute de Kadhafi), il y avait très peu de témoignages, peu d’exilés au sens propre du terme (des gens qui avaient fui car ils n’avaient pas le choix) il y avait des étrangers qui venaient pour travailler. J’ai eu des commentaires encourageants sur mes textes sur Facebook. Des gens qui ont connu la même chose, qui se sont reconnus dans les textes car je mets des mots sur des parcours, des évènements, des ressentis. Cela m’a donné envie de continuer. Je publiais un texte tous les vingt jours… Je parlais de l’injustice, de la situation quotidienne de la Libye envers les étrangers de manière générale. En Libye, le mépris est entièrement accepté et très employé. Il y a beaucoup d’injustices dans la société libyenne. J’écrivais surtout sur ça. Pour dévoiler la réalité, plus que pour dénoncer. Je n’étais pas engagé comme un activiste, mais je l’étais quand même sur Facebook à travers mes textes. La majorité de mes amis sur Facebook étaient des Africains francophones qui étaient au Tchad, en Libye. Comme ma vie avait toujours été très compliquée, j’ai commencé à écrire une autobiographie. J’ai commencé par parler de mon père, de ma vie, petit, au Soudan, puis au Tchad. J'ai développé sur une écriture plus profonde sur la migration. Surtout à la suite de la chute de Kadhafi, où la situation est devenue très complexe en Libye. J’ai vu des choses atroces. C’était un cauchemar, une réalité horrible. J’ai vu beaucoup de morts, d’agressions, de violences. J’ai continué à écrire des textes sur tout cela (viols dans des familles pauvres, agressions auprès de personnes démunies, coupures d’électricité volontaires). J’ai même fait des vidéos que je postais sur Facebook. J’ai moi-même eu des problèmes, mon compte Facebook a été supprimé car mes photos étaient tellement choquantes.  J’ai tout perdu, toutes mes photos, tous mes textes. J’ai continué à écrire sur un petit carnet. Mais j’ai perdu ce carnet pendant la traversée en méditerranée. 

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur votre profession ?
Tous mes textes sont inspirés de mon vécu, de ce que j’ai connu. J’ai vécu tout ce que je raconte dans mes textes. Mort-vivant par exemple : j’ai vu tellement de morts dans ma vie, durant mon parcours, que je n’arrivais pas à croire que j’étais encore vivant. Je me sentais comme mort. Puis c’est quand je suis arrivée en Italie je me suis senti vivant à nouveau.
Je ne me définis pas comme artiste. Je n’ai pas choisi d’être artiste, j’ai choisi d’être celui qui parle pour les autres. Après avoir vécu à la rue à Paris, j’ai été logé par des associations. Et c’est à partir du moment où je me suis enfin trouvé en sécurité, dans un appartement, au chaud, au calme, après tout mon parcours depuis la Libye, que j’ai recommencé à écrire sur tout ça, sur les sans-papiers, sur l’horreur du parcours des sans-papiers. J’ai décidé de m’exprimer.

 
 

Comment vous voyez-vous dans 5 ans ? Dans 10 ans ?
Mes projets à venir  sont deux livres : Au cœur de l’asile, les raisons de l’exode (témoignages, autobiographie et poésie) et un autre livre plus politique (une lettre aux Africains qui traitera de dictature, des problèmes et des conflits ethniques, de l’esclavage, du néo-colonialisme). Je voudrais chanter mes textes, travailler avec des musiciens et des artistes, mettre en images mes textes et continuer à travailler sur les mêmes thèmes : l’exil, les sans-papiers, la migration. 

 
Photographie : Antonin Amy-Menichetti