Yuval ROZMAN
Metteur en scène





 Yuval a reçu une aide à la production pour son spectacle «Tunnel Boring Machine"



Quel est votre parcours artistique ?

J’ai grandi en Israël. J’y ai étudié le cinéma et le théâtre dans un lycée d’art et découvert Patrice Chéreau ou Claude Régy. C’était un univers théâtral très éloigné de ce qui se faisait dans mon pays à l’époque. Après deux ans dans l’armée israélienne – une obligation pour tous les jeunes du pays - j’ai déserté pour éviter la troisième année et j’ai rejoint Tel Aviv pour y faire du théâtre avec des amis. Une de mes premières pièces est un cabaret politique et satirique sur la vie d’un soldat de 18 ans. J’ai intégré le Conservatoire national d’art dramatique de Tel Aviv et j’ai créé Sous le ciel bleu et des nuages blancs, un spectacle écrit à partir d’improvisations. Je suis devenu ensuite artiste associé au Théâtre Arabe Hébreu de Jaffa qui réunit des artistes israéliens et palestiniens. J’y ai fait quelques mises en scène et travaillé avec des artistes de la Bat-sheva dance compagnie. Ensuite, j’ai rencontré Mohammad Bakri, un grand acteur palestinien qui a réalisé le film Jenin...Jenin. C’est avec lui que j’ai créé Cabaret Voltaire, un spectacle autour de la culture de la mort entre israéliens et palestiniens, cette mémoire collective utilisée comme une question politique.Cabaret Voltaire reçoit les félicitations du jury et le 1er prix du C.A.T International Théâtre Festival : meilleure pièce, meilleure mise-en-scène, meilleure musique originale & meilleure chorégraphie.
Au festival actOral (Marseille), j'ai présenté Jecroisenunseuldieu de S.Massini, puis j’ai rencontré Laetitia Dosch, une actrice magnifique, auteure et metteuse en scène, avec qui j'ai créé une mise en espace de Sightis the sense… de Tim Etchells, et puis collaboré pour Un Album, un spectacle autour de Zouc, l'humoriste suisse. Avec Hubert Colas, le directeur de Montévidéo - un lieu de résidence et de création dédié aux écritures contemporaines à Marseille - j’ai été assistant à la mise en scène sur Nécessaire et urgent, l’adaptation d’un texte d’Annie Zadek. Il m'a également invité à travailler comme comédien dans Face au mur de Martin Crimp puis dans Une Mouette ou autres cas d'espèces, une libre adaptation de la pièce de Tchekhov. En tant qu’auteur, j'ai écrit Cabaret Voltaire (2010) puis co-écrit Un Album avec Laetitia Dosch (2013). J'ai été accueilli en résidence d’écriture à Montévidéo à Marseille, au Théâtre de Vanves, à la Chartreuse de Villeneuve-les-Avignon et au Tripostal à Lille pour Tunnel Boring Machine, dont la première aura lieu en novembre 2017 dans le cadre de NEXT festival au Phénix, scène nationale de Valenciennes et à la maison de la culture à Tournai. Tunnel Boring Machine est Lauréat de la commission nationale d'Aide à la création de textes dramatiques – ARTCENA.


 

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur votre profession ?
En tant qu'auteur j'essaye de me positionner toujours comme un enfant étonné qui croit dans le sacré, le spirituel ou la foi. La croyance est très présente dans mon travail, je peux dire que parfois je suis même religieux à ma manière, au quotidien. Dans mon travail le lien avec le corps est très important, c'est pour ça que je choisis souvent de travailler avec des danseurs. Je suis à la cherche surtout de L'endroit de partage, qu'on est égal. Il n'y a pas vraiment un spectacle, on partage quelque chose, le public et nous c'est égal. Je ne cherche pas un endroit de représentation, pour moi c'est un endroit de création : une création collective, nous et vous. Dans la mise en scène, j'insiste sur le fait que le public n'est pas passif en train de regarder, au contraire il est actif en train de créer ce qui se passe sur le plateau. Les interprètes racontent une histoire et donnent l'impression qu'ils sont en train d'inventer cette histoire. Même si c'est faux, j'aime donner cette sensation, L'histoire est le moment présent, rien n'est prévu à l'avance, on arrive sur le plateau sans n’avoir rien préparé à l'avance, et ... il faut que quelque chose se passe. Je cherche ce vide, dans lequel tout advient. Je cherche le rien, qui laisse la liberté à la vie d'apparaitre.

 

Comment vous voyez-vous dans 5 ans ? Dans 10 ans ?
Je ne connais pas la réponse, mais j’aime bien les terrains glissants !


 G
enèse (17) « L’unique joie au monde, c’est de commencer »

 

 Photographie : Antonin Amy-Menichetti