Nasima SHAVEVA et Abdou KHADR FAYE
Stylistes

Abdou et Nasima ont obtenu une bourse à la création pour réaliser une collection de pièces de prêt-à-porter en partenariat avec l’atelier des artistes en exil

Interview de Nassima

Quel est votre parcours  artistique ?
J’ai commencé à chanter à 5 ans, ma famille étant une famille de musiciens et artistes. J’ai aussi intégré un groupe de musique populaire très tôt au Kazakhstan. Après 3 ans d’études de musique et de chant, et d’avoir rencontré mon mari, nous avons créé un groupe avec lequel nous avons fait plusieurs tournées en Europe et en Asie. En 2015, nous sommes venus en France. Aujourd’hui, je m’intéresse aussi à la mode, avec l’objectif de revenir et de montrer la culture ouïgoure.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur votre profession ?
Pour moi, la musique, la mode et l’art sont un moyen de populariser la culture ouïgoure. Si je défends et je montre ma culture, je la fais persévérer et ne la laisse pas mourir.

Comment vous voyez-vous dans 5 ans ? Dans 10 ans ?
Le mélange de la mode avec la musique, des couleurs visuelles et musicales, m’intéresse particulièrement. Ce sont deux éléments qui constituent l’identité de chaque région de mon pays, utilisés avec des bases semblables mais des subtilités très différentes. Grâce à ça je peux continuer de dessiner mon pays. Mon art me permettra de revenir en arrière et me dire que j’ai fait de bonnes choses pour mon peuple en montrant sa culture.

Interview d'Abdou

Quel est votre parcours artistique ?
Je viens du Sénégal et c’est là-bas que j’ai commencé à travailler en tant que couturier dans l’atelier de mon père, en 1987, à Dakar. J’avais alors 11 ans et je le faisais sans envie. Mon père était artiste aussi, fasciné par la musique américaine et la danse, il m’a transmis sa sensibilité artistique. J’ai continué à travailler pour lui jusqu’en 1994 et je suis parti quelques temps de l’atelier pour découvrir d’autres domaines. J’ai été menuisier et maçon, pendant un temps, puis quatre ans après j’ai ouvert mon propre atelier de couture avec un cousin. C’est à ce moment-là que j’ai commencé à trouver ma passion dans la couture et le stylisme. J’ai donc suivi des formations de modélisme et de couture, et je me suis mis à enseigner la profession. En 2005, j’ai lancé ma première marque de vêtements Guediawaye. J’ai fait plusieurs défilés et gagné deux fois le Ciseau d’or départemental. En 2016, je suis arrivé en France et j’ai découvert l’atelier des artistes en exil, en 2018, au sein duquel j’ai pu développer plusieurs projets. Je travaille actuellement sur une nouvelle collection qui fusionne, comme c’est souvent le cas dans mon travail, les cultures africaine et européenne.

Quel regard portez-vous aujourd'hui sur votre profession ?
Cette profession m’a permis de rencontrer et de connaître beaucoup de personnes très différentes, personnellement et professionnellement. Elle m’a aussi permis d’aller plus loin créativement et d’améliorer ma vie. Et je crois qu’elle peut encore m’emmener plus loin. 

Comment vous voyez-vous dans 5 ans ? Dans 10 ans ?
Mon principal projet est de créer ma propre ligne de vêtements et d’arriver à concurrencer des marques connues, en mélangeant toujours les styles traditionnels africain et moderne européen.

Interview réalisée en 2021
Photographie : Julia Grandperret